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Brève analyse du passage de la tempête post-tropicale Fiona sur les Maritimes canadiennes entre les 24 et 25 septembre 2022

Entre le 24 et le 25 septembre 2022, le cyclone tropical Fiona, un ouragan de Catégorie 3, se dirigea tout droit vers les provinces Atlantiques canadiennes pour devenir l’une des plus fortes tempêtes jamais survenues au Canada. L’ouragan causa d’importants dommages matériels et inondations, privé de courant des centaines de milliers de foyers, produit des ondes de tempête de 10 m et plus, et faisant au moins trois morts. Nous présentons ici une très brève analyse de la tempête dans laquelle nous mettons en relief les quantités totales de précipitation tombées, la trajectoire du système et les vents enregistrés, la détection du passage de l’œil de l’ouragan par nos stations, et l’impact considérable du passage de l’ouragan sur les températures de la mer.

Précipitations totales

La figure ci-dessous illustre la quantité totale de précipitation qu’a déversée Fiona sur une période de 48 heures entre 7h le 23 septembre et 7h le 25 septembre. Les stations sous la responsabilité de Solutions Mesonet ont enregistré des valeurs dépassant largement les 100 mm (en teintes de rouge dans la figure) de pluie dans toute la moitié est de la Nouvelle-Écosse ainsi que la majorité du Cap-Breton, avec un maximum de 154 mm à la station de l’Aéroport de Port Hawkesbury au Cap-Breton (des accumulations approchant les 200 mm ont été rapportées à certains endroits mais n’ont pas été confirmées).

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L’Île d’Anticosti, la Côte-Nord, toute l’Île-du-Prince-Édouard et la côte est du Nouveau Brunswick ont également reçu des quantités largement supérieures à 50 mm.

D’autre part, la figure montre la trajectoire de la tempête telle qu’elle fut observée par les stations (pointillé gris pâle, l’œil représenté par les points rouges) entre 3h et 21h durant la journée du 24. On constate en particulier que Fiona avait ralenti considérablement sa course durant l’après-midi du 24 entre les Îles-de-la-Madeleine et Port-aux-Basques, ce qui est cohérent avec l’analyse de la tempête par Environnement et changement climatique Canada (ECCC).

Trajectoire

La trajectoire de Fiona est illustrée de manière plus dramatique par l’animation présentée ci-dessous, où l’on peut voir les données radar (du ECCC) superposées aux données de vent (flèches noires) et de pression au niveau de la mer (dégradé en couleurs) fournies par les stations de Solutions Mesonet. On y constate clairement l’arrivée de la tempête sur la côte de la Nouvelle-Écosse en tant qu’ouragan de Catégorie 1 (vents soutenus de plus de 119 km/h), puis son déplacement vers le nord à travers la portion orientale de la Nouvelle-Écosse et du Golfe du St-Laurent, enfin son affaiblissement et son ralentissement graduels entre les Îles-de-la-Madeleine et Port-aux-Basques. L’œil central de l’ouragan—caractérisé par une pression très faible de 930 hPa (région circulaire mauve), des vents faibles et une absence de précipitation— est très visible de même que les vents forts s’enroulant autour. On remarque notamment le changement drastique de la direction des vents de concert avec une baisse de vitesse durant le passage de l’œil, très tôt dans la nuit de dimanche à la station de Hart Island, près de Canso dans l’extrême sud-est de la Nouvelle-Écosse.

Les chiffres en rouge apparaissent lorsque les rafales enregistrées dépassaient les 100 km/h. Bien que seulement 2 stations ont officiellement enregistré des vents soutenus de plus de 119 km/h (force ouragan de Catégorie 1), une bonne vingtaine de stations ont enregistré des rafales allant jusqu’à 160 km/h.

Passage de l’œil

Le passage de l’œil à la station de Hart Island est encore mieux démontré par la série temporelle de la vitesse du vent enregistrée à cette station entre le 23 et le 25 septembre (figure ci-haut). Un peu avant minuit samedi soir, les vents atteignaient 80 km/h avec des rafales à 100 km/h puis diminuèrent graduellement par la suite jusqu’à 40-50 km/h aux aurores de dimanche matin. Puis, en l’espace de deux heures, les vents rugissèrent de nouveau à 90 km/h avec des rafales de plus de 120 km/h.

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Températures de la mer anormalement chaudes

Comme nous l’avons mentionné dans l’article précédent, les ouragans sont de véritables ogres qui ont besoin de s’abreuver de la chaleur des océans pour rester en vie. Cela a pour effet de laisser derrière eux un sillon d’eau de mer refroidie de plusieurs degrés Celsius par rapport aux eaux environnantes. Pour illustrer ce concept central des ouragans, les figures ci-dessous montrent les « anomalies » des températures de mer avant et après le passage de Fiona (une anomalie équivaut à l’écart de la température de mer mesurée par rapport aux valeurs normales).

La première figure (ci-dessous) est frappante : au début de septembre, les températures de mer aux large des provinces Atlantiques étaient jusqu’à 5-8 °C plus chaudes que la normale (ovale en noir) ! Bien que, en soi, les températures dans cette région se situaient entre 15 et 25 °C—donc bien en deçà des températures requises pour alimenter activement un ouragan—il n’en demeure pas moins que les eaux plus chaudes que la normale ont fort probablement joué un rôle en fournissant un réservoir de chaleur supplémentaire et minimiser la perte d’énergie de la tempête alors qu’elle s’aventurait dans des eaux de plus en plus froides.

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La deuxième figure (ci-dessous) est tout aussi frappante : le 28 septembre, donc 2 ou 3 jours après le passage de Fiona, la région anormalement chaude s’était considérablement refroidie, notamment au sud de la Nouvelle-Écosse et dans le Golfe du St-Laurent où Fiona s’est échouée. On voit aussi de façon spectaculaire le sillon d’eau plus froide au nord des Bahamas où Fiona était passée quelques jours auparavant.

Au final, le sillon froid que Fiona a laissé derrière elle équivaut à un volume d’eau de plusieurs milliers de milliards de mètres cubes. Si, pendant une seule journée, on pouvait extraire et utiliser directement l’énergie calorique de cette eau au lieu de l’utiliser pour un ouragan, nous pourrions alimenter en électricité la planète entière durant… 200 ans. Les ouragans sont réellement les monstres incontestés de la nature.

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